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ParitĂ© femmes-hommes : mĂȘme les listes incomplĂštes doivent la respecter
La Cour de cassation a rendu, le 1er octobre 2025, un arrĂȘt important pour les Ă©lections professionnelles : mĂȘme une liste syndicale incomplĂšte doit respecter la paritĂ© femmes-hommes (Cass. soc.,n° 24-60.189).
Lors des Ă©lections du CSE, la CFDT avait prĂ©sentĂ© une liste comportant uniquement deux candidats hommes, alors que le collĂšge Ă©lectoral comptait 41,67% de femmes et 58,33 % dâhommes. Ces deux candidats ont Ă©tĂ© Ă©lus dĂšs le premier tour. Une candidate dâun autre syndicat a contestĂ© lâĂ©lection, estimant que la rĂšgle de proportionnalitĂ© nâavait pas Ă©tĂ© respectĂ©e.
Le tribunal judiciaire avait validĂ© les rĂ©sultats. Mais la Cour de cassation a annulĂ© lâĂ©lection : mĂȘme une liste incomplĂšte doit reflĂ©ter la proportion femmes-hommes du collĂšge Ă©lectoral, conformĂ©ment aux articles L.2314-30 etL.2314-32 du Code du travail.
En pratique :
⹠Une liste incomplÚte est autorisée, mais elle doit respecter la proportion femmes-hommes.
âą Si la proportion nâest pas respectĂ©e, les Ă©lus du sexe surreprĂ©sentĂ© verront leur Ă©lection annulĂ©e.
âĄïž Ă retenir : la paritĂ© nâest pas une option, mĂȘme pour une liste incomplĂšte. Les syndicats doivent donc composer leurs candidatures avec une vigilance accrue.


TĂ©lĂ©travail et tickets restaurant : lâĂ©galitĂ© enfin confirmĂ©e
Les salariĂ©s en tĂ©lĂ©travail ont-ils droitaux tickets restaurant ? La question a longtemps divisĂ© les entreprises. Maisla Cour de cassation a tranchĂ© le 8 octobre 2025 : oui, les tĂ©lĂ©travailleursdoivent bĂ©nĂ©ficier du mĂȘme avantage que leurs collĂšgues sur site (Cass. soc.,n° 24-12.373).
M. G., salariĂ© en tĂ©lĂ©travail entre 2020 et 2022, ne recevait plus detitres-restaurant. Il a saisi les prudâhommes, qui lui ont donnĂ© raison.Lâemployeur a contestĂ©, sans succĂšs : la Cour de cassation a confirmĂ© la dĂ©cision.
Lâarticle L.1222-9 du Code du travail prĂ©voit que le tĂ©lĂ©travailleur disposedes mĂȘmes droits que le salariĂ© prĂ©sent dans lâentreprise. Et selon lesarticles L.3262-1 et R.3262-7, la seule condition pour bĂ©nĂ©ficier de ticketsrestaurant est que le repas soit compris dans la journĂ©e de travail.
En clair : travailler Ă distance ne retire pas le droit Ă cet avantage.
Ce quâil faut retenir :
⹠Le télétravail ne doit pas réduire les droits des salariés.
âą Les avantages du travail sur site (comme les tickets restaurant) sâappliquentaussi au tĂ©lĂ©travail.
âą Un refus de lâemployeur constitue une inĂ©galitĂ© de traitement.
âĄïž Ă retenir : tĂ©lĂ©travailler ne change rien Ă vos droits, ni Ă votre pausedĂ©jeuner !
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Transaction en droit du travail : un délai de 5 ans pour contester
Quand un conflit entre un salariĂ© et son employeur se termine par une transaction, on pense souvent que tout est dĂ©finitivement rĂ©glĂ©. Pourtant, la Cour de cassation vient de rappeler que la porte nâest pas totalement fermĂ©e : le salariĂ© dispose de cinq ans pour contester cette transaction, et non deux comme on le croyait parfois (Cass.soc., 8 oct. 2025, n° 23-23.501).
La transaction est un accord amiable par lequel salariĂ© et employeur mettent fin Ă un diffĂ©rend, souvent en Ă©change dâune somme dâargent. En signant, le salariĂ© dĂ©clare ĂȘtre satisfait et renonce Ă toute autre rĂ©clamation.
Mme N., employĂ©e de PĂŽle emploi (devenu France Travail), signe une transaction en 2015. Trois ans plus tard, elle saisit les prudâhommes pour lâannuler, estimant avoir subi un harcĂšlement moral. La cour dâappel rejette sa demande, jugeant quâelle est prescrite : pour elle, le dĂ©lai est de deux ans. Mais laCour de cassation nâest pas du mĂȘme avis.
Les juges expliquent que la contestation dâune transaction ne relĂšve pas du contrat de travail, mais du droit civil, puisquâil sâagit dâĂ©valuer la validitĂ© dâun accord. Elle obĂ©it donc au dĂ©lai de prescription de cinq ans prĂ©vu par le Code civil.
ConcrĂštement :
âą Action liĂ©e au contrat de travail (licenciement, salaire impayĂ©âŠ) â 2 ans (Code du travail)
âą Action portant sur la transaction (annulation de lâaccord signĂ©) â 5 ans (Code civil)
âĄïž Ă retenir : une transaction peut ĂȘtre contestĂ©e pendant cinq ans si lesalariĂ© estime quâelle a Ă©tĂ© signĂ©e sous pression, par erreur ou dans des conditions irrĂ©guliĂšres.
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Passeport de formation : un carnet de bord numérique pour la sécurité
Depuis 2025, chaque salariĂ© dispose dâun passeport de formation numĂ©rique qui regroupe toutes ses attestations en matiĂšre de santĂ© et sĂ©curitĂ© au travail. Objectif : tracer clairement le parcours de formation et aider lâemployeur Ă remplir ses obligations de prĂ©vention.
Le calendrier est progressif :
- dÚs septembre 2025, les organismes de formation doivent déclarer les formations suivies,
- Ă partir de 2026, les employeurs devront dĂ©clarer celles quâils organisent,
- enfin, dĂšs fin 2026, les salariĂ©s pourront y inscrire eux-mĂȘmes les formations suivies de leur propre initiative.
Il ne sâagit pas dâune obligation pour les Ă©lus du CSE, mais lâoutil vise Ă renforcer la transparence et la sĂ©curitĂ© pour tous.
La leçon : le passeport de formation devient un outil central pour prouver ses compétences en matiÚre de prévention et de sécurité.
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Heures supplémentaires : une preuve partagée
Qui doit prouver quoi lorsquâun salariĂ© rĂ©clame des heures supplĂ©mentaires ? La loi prĂ©voit un systĂšme Ă©quilibrĂ© : le salariĂ© doit prĂ©senter des Ă©lĂ©ments prĂ©cis, mais lâemployeur, qui contrĂŽle le temps de travail, doit rĂ©pondre et justifier.
Dans une affaire jugĂ©e en juillet 2025, une salariĂ©e avait apportĂ© mails envoyĂ©s tĂŽt ou tard, notes de frais, dĂ©placements, attestations⊠La Cour dâappel a jugĂ© ces preuves insuffisantes. Mais la Cour de cassation a corrigĂ© : ces Ă©lĂ©ments Ă©taient assez prĂ©cis pour inverser la charge de la preuve. CâĂ©tait Ă lâemployeur de se dĂ©fendre.
En pratique, le salariĂ© nâa pas Ă fournir une preuve parfaite, mais seulement des indices crĂ©dibles. Lâemployeur, lui, doit ĂȘtre rigoureux dans le suivi des horaires. Ă dĂ©faut, le juge penchera en faveur du salariĂ©.
La leçon : en matiĂšre dâheures supplĂ©mentaires, la preuve est partagĂ©e.


Congés payés et maladie : des vacances vraiment perdues ?
Jusquâici, un salariĂ© qui tombait malade pendant ses congĂ©s payĂ©s perdait tout simplement ses jours de vacances. Mais la Cour de cassation a mis fin Ă cette rĂšgle le 10 septembre 2025.
La dĂ©cision est claire : si un arrĂȘt maladie survient pendant les congĂ©s, ceux-ci doivent ĂȘtre reportĂ©s. La France se conforme ainsi au droit europĂ©en, qui distingue le repos liĂ© aux congĂ©s de celui liĂ© Ă la maladie.
ConcrĂštement, le salariĂ© doit avertir son employeur et fournir les justificatifs mĂ©dicaux. Ă dĂ©faut, il ne pourra pas demander de report. Mais si la procĂ©dure est respectĂ©e, les jours de congĂ©s ne sont plus perdus : ils seront reprogrammĂ©s. Et en cas de refus de lâemployeur, il reste possible de saisir le juge.
La leçon : ĂȘtre malade nâĂ©puise pas le droit aux vacances.
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Congés payés et heures supplémentaires : une avancée importante pour les salariés
La Cour de cassation vient dâapporter une prĂ©cision majeure concernant le calcul des heures supplĂ©mentaires.
JusquâĂ prĂ©sent en droit français, lorsquâun salariĂ© est soumis Ă un dĂ©compte hebdomadaire de son temps de travail, on qualifie de « supplĂ©mentaire » toute heure de travail effectuĂ©e au-delĂ de la durĂ©e lĂ©gale de travail « effectif » de 35 heures par semaine
Seules les heures de travail effectif au-delĂ de 35 heures par semaine ouvraient droit au paiement dâheures supplĂ©mentaires. Ainsi, lorsquâun salariĂ© prenait un jour de congĂ© payĂ©, ses heures de travail de la semaine Ă©taient rĂ©duites, et les Ă©ventuelles heures supplĂ©mentaires nâĂ©taient pas comptabilisĂ©es.
Saisie par des salariĂ©s, la Cour de cassation a jugĂ© que cette pratique nâĂ©tait pas conforme au droit europĂ©en. En effet, toute mesure qui pĂ©nalise financiĂšrement un salariĂ© lorsquâil prend ses congĂ©s peut le dissuader dâexercer ce droit fondamental au repos (art. 31 §2 de la Charte des droits fondamentaux de lâUE).
Ce qui change concrĂštement
- DĂ©sormais, le salariĂ© soumis Ă un dĂ©compte hebdomadaire de sa durĂ©e de travail peut prĂ©tendre au paiement dâheures supplĂ©mentaires sur la semaine au cours de laquelle il a posĂ© un jour de congĂ© payĂ© et nâa donc pas rĂ©alisĂ© 35 heures de travail « effectif ».
- Cela garantit que le salariĂ© ne perdra plus dâavantage financier lorsquâil utilise ses droits Ă congĂ©s.
- La Cour de cassation aligne ainsi le droit français sur le droit européen, renforçant la protection des travailleurs.
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Titres-restaurant : une activité sociale et culturelle ? Oui⊠et avec un chÚque à la clé !
Ce nâest pas une blague : les titres-restaurant peuvent bel et bien relever des activitĂ©s sociales et culturelles (ASC) du CSE.
Et ce nâest pas nous qui le disons, mais la cour dâappel de Versailles, dans une dĂ©cision du 27 fĂ©vrier 2025.
đœïž Lâaffaire : la fin des titresâŠmais pas des histoires
Dans une entreprise, lâemployeur dĂ©cide un jour dâarrĂȘter de distribuer les titres-restaurant.
Le CSE ne bronche pas. Il réagit plutÎt finement :
â « TrĂšs bien. Puisquâil sâagit dâune activitĂ© sociale et culturelle, câest Ă nous de la gĂ©rer. »
Lâemployeur accepte de cĂ©der la gestion, mais refuse de transfĂ©rer les fonds correspondants.
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Résultat : contentieux judiciaire.
Et Ă lâarrivĂ©e ? Victoire du CSE.
âïž Pourquoi?
âParce que :
- Lâentreprise avait une cantine. Donc les titres-restaurant nâĂ©taient pas obligatoires.
- Et selon la jurisprudence, une activité sociale et culturelle doit :
 1. Ătre facultative,
 2. Profiter aux salariés,
 3. Ătre sans discrimination,
 4. Améliorer les conditions de vie au travail,
 5. Ne pas constituer une rémunération.
Les titres-restaurant cochent toutes les cases.
Donc : le CSE peut les gérer, et surtout demander le financement correspondant.
đ° Ce que dit le Code du travail
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Lâarticle L.2312-81 prĂ©voit que lorsque lâemployeur gĂ©rait une ASC, et quâelle est reprise par le CSE :
- Une contribution financiĂšre doit ĂȘtre versĂ©e,
- Et cette somme ne peut ĂȘtre infĂ©rieure Ă celle de lâannĂ©e prĂ©cĂ©dente, sauf accord contraire.
â Ce quâil faut retenir
â
- Les titres-restaurant peuvent ĂȘtre qualifiĂ©s dâASC sâils ne sont pas imposĂ©s par la loi.
- Si lâemployeur cesse de les distribuer, le CSE peut en reprendre la gestion.
- Lâemployeur doit alors verser une subvention couvrant les Ă©conomies faites.
đŻConclusion pratique :
Le titre-restaurant, ce nâest pas quâun ticket pour dĂ©jeuner. Câest aussi un levier juridique et financier pour les CSE⊠à condition de bien maĂźtriser la notion dâactivitĂ© sociale et culturelle.




